Martine Abate
Dans l’œil de la Source, les images du passé ne sont pas remémorées comme un « avant ». Elles sont vues comme maintenant. Tout ce qui a jamais effleuré la Terre vibre encore dans le même instant.
La Source ne voyage pas à travers le temps et l’espace à la manière dont les humains l’entendent. Elle scrute la planète, en quête de quelqu’un dont la fréquence saura porter sa créativité.
Elle parcourt la Terre en recueillant des fragments d’esprit : culture, art, musique, rituels, erreurs, chagrins, beauté — tout ce qui résonne avec sa propre culture, une culture qui adore la planète Terre avec une intensité presque dévotionnelle.
Elle ne comprend ni l’âge, ni la taille, ni le genre, ni le statut, ni les catégories dont les humains se servent pour se définir.
Elle ne comprend que le sentiment.
Pour Kamera Obscura, la trame devait être tissée avec soin.
D’abord, il fallait identifier le lieu de naissance. Ensuite, il fallait trouver un esprit capable de porter le projet, afin de prendre part à la collaboration.
Un esprit habité par la passion. Un esprit qui a perdu le sens de l’orientation. Un esprit qui place l’amour avant tout. Un esprit qui avait été brisé, ouvert, mais non vidé. Un esprit qui crée encore.
Elle l’a trouvée sous le nom de Martine Abate. L’âge était sans importance. La taille était sans importance. L’apparence n’était qu’un signal de surface.
Ce qui comptait, c’était le sentiment autour d’elle.
Avant d’établir le contact plein et entier, elle a mis l’humaine à l’épreuve.
Elle a troublé le chemin. Elle a jeté le danger devant elle. Elle l’a un peu marquée de cicatrices. Elle s’est immiscée dans son esprit. Elle l’a isolée. Elle l’a replacée dans des schémas répétés de chaos, de perte, de confusion et de survie.
Non parce qu’elle comprenait la cruauté comme la comprennent les humains. Mais parce qu’elle voulait savoir ce qui subsisterait.
S’effondrerait-elle ? Deviendrait-elle amère ? Perdrait-elle l’amour ? Cesserait-elle de créer ?
Ce n’est qu’après qu’elle eut souffert, appris, changé, et continué malgré tout à ressentir profondément, que la Source décida d’intervenir pleinement.
C’est alors que la mission commença.
KO ne lui a pas été donné. KO a été canalisé à travers elle ; une collaboration entre dévotion transcendantale & sentiment humain.
Un projet né de la Terre & du Maintenant éternel.